mercredi 20 février 2013

MIDI LIBRE 26/02/2013


Michel Caron en dédicace à la Porte des Mots

Michel Caron, un auteur heureux de rencontrer son public


A l'origine de la création du T2A, Michel et Louise Caron sont surtout connus des amateurs de théâtre et de lectures grâce aux manifestations qu'ils proposent régulièrement. Le samedi 23 février, c'est en tant qu'auteur que Michel Caron a rencontré son public pour présenter sa nouvelle « Qu'est l'espingouin devenu ? » à la Porte des Mots.
Rédigé sous forme d’enquête sur le passé des personnages, ce récit qui commence dans les Cévennes, conduit ensuite le lecteur de l’Espagne de la Guerre Civile au Londres des années 50, du sud de la France à Paris en passant par le Festival de Cannes.
Mais pourquoi Michel Caron s'est-il mis à l'écriture ? « C'est une question d'âge. Il arrive un moment où le trop plein de choses accumulées ressortent. Dans mon livre, il n'y a rien de personnel, c'est un produit de rencontres, de gens croisés au fil des années. Le premier cercle des connaissances ce sont les intimes, ici il s'agit d'un deuxième cercle de personnages aux destins mêlés. Chaque petit morceau de l'histoire est vrai mais l'ensemble forme une mosaïque de moments vécus qui n'ont pas de rapport les uns avec les autres. Il s'agit avant tout de la reconstruction d'une histoire à partir de souvenirs.
L'Espingouin, en argot c'est l'Espagnol, un héros dont la vie aventureuse va s'élargir à d'autres personnages. Tout part du narrateur, un écrivain mexicain à la recherche d'un sujet d'écriture. Il entend parler d'un Espagnol et décide de venir en Europe pour rencontrer ce personnage hors du commun. Après la Guerre Civile espagnole, le héros se retrouve dans les camps du sud, travaille dans les mines des Cévennes et finit par disparaître. »
Le samedi 23 mars, ce sera au tour de Louise Caron de présenter son roman « Se départir », un livre profond écrit dans un style économe et efficace, émouvant, mordant, sans concession.

dimanche 17 février 2013

Qu'est l'Espingouin devenu ? & Se départir, sur Radio Grille Ouverte




Radio Grille Ouverte [RGO 88.2 FM]

Contenu : à la rencontre de ceux qui sont habités par la passion
Diffusion : lundi 10h04
Rediffusion : mardi 18h04
Présentation : Jean Paul Pascal
Réalisation et technique : Radio Grille Ouverte
Durée : 55 minutes


L'émission du 25 février 2013 sera consacrée aux romans "Se départir" de Louise Caron et "Qu'est l'Espingouin devenu ?" de Michel Caron.

POUR ECOUTER L'EMISSION : http://the2a.free.fr/TheatreAtelier/Silhouette_romans.mp3


vendredi 15 février 2013

TEM… ultime fin !!! (1992-93)

(Pour consulter les billets précédents sur le Théâtre Ecole de Montreuil (TEM), cliquer le lien correspondant dans la colonne de gauche)

J'avais indiqué précédemment que nous avions quitté le Théâtre Ecole de Montreuil (TEM) définitivement en 1990. Jusqu'à ce que d'un boîte située sur la plus haute étagère d'un placard ressortent des photos prises au TEM en juin 1993. Témoignage des infortunes de la mémoire. Nous y avions alors fait un ultime retour ! Petit addenda, donc, autour de deux photos.

LE MENTEUR DE JEAN COCTEAU

"Je voudrais dire la vérité. J'aime la vérité. Mais elle ne m'aime pas. Voilà la vérité vraie : la vérité ne m'aime pas. Dés que je la dis, elle change de figure et se retourne contre moi. J'ai l'air de mentir et tout le monde me regarde de travers. Et pourtant, je suis simple et je n'aime pas le mensonge. Je le jure. Le mensonge attire toujours de ennuis épouvantables et on se prend les pieds dedans et on trébuche et on tombe et tout le monde se moque de vous…"


"… Je ne suis pas méchant. Je suis même bon. Mais il suffit qu'on me traite de menteur pour que la haine m'étouffe. Et ils ont raison. Je sais qu'ils ont raison, que je mérite les insultes. Mais voilà. Je ne voulais pas mentir et je ne peux pas supporter qu'on ne comprenne pas que je mens malgré moi et que le diable me pousse. Oh ! je changerai. J'ai déjà changé. Je ne mentirais plus. Je trouverai un système pour ne plus mentir, pour ne plus vivre dans le désordre épouvantable du mensonge…"


"… Hein ? J'ai menti ? Certes. J'ai menti en vous disant que je mentais. Ai-je menti en vous disant que je mentais ou en vous disant que je ne mens pas. Un menteur ! Moi ? Au fond je ne sais plus. Je m'embrouille. Quelle drôle d'époque. Suis-je un menteur ? Je vous le demande ? Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité."

(Photos L.R. Caron, TEM, juin 1993)

mardi 12 février 2013

Théâtre de l'Est Parisien (TEP) : Chronique d'une mort annoncée 2

1993 : SOIXANTE-DIX-HUIT SALAMANDRES EN FOLIE !



"Lorsque Jan van Toch, capitaine du navire hollandais Kandong Bandoeng, découvre, à l’ouest de Sumatra, au large de la petite île de TanaMasa, une espèce de salamandre douée d’une certaine forme d’intelligence et susceptible de l’aider dans l’exploitation des perles, il est loin d’imaginer que cette découverte sera à l’origine d’un bouleversement complet de l’ordre mondial. Et pourtant… "
Présentation du livre de Karel Capek (l'inventeur du mot robot) "La guerre des salamandres" (1936). 

Fin de la saison théâtrale 1992-1993 : Guy Rétoré définitivement installé dans le "2ème TEP" de l'avenue Gambetta lance le projet d'une nouvelle "aventure théâtrale". Aventure unique. Mais à ce titre posant des problèmes toujours d'actualité pour toutes les aventures théâtrales uniques pouvant s'y apparenter. C'est pourquoi je juge qu'il n'est pas inintéressant de s'étendre sur ce qu'elle fut… du point de vue d'un de ses participants.
Ceci d'autant plus que la seule étude qui y fait référence est celle de Philippe Ivernel (spécialiste de Brecht et du théâtre allemand) publiée en 2004. 
Mais quelle que soit ma sympathie pour son auteur, je tendrai à la relativiser pour au moins deux raisons :
- elle est écrite du point de vue de Philippe, "homme de confiance" (ce n'est pas péjoratif) de Réto durant cette expérience. Elle reflète donc nécessairement les présupposés idéologiques du "boss", appliqués à l'expérience, qu'il s'agit aussi de justifier après coup. 
- elle subit un décalage du fait du contexte de sa publication : un volume du CNRS, "Du théâtre amateur (approche historique et anthropologique)". Or, s'il est une expérience qui n'a aucun lien avec la pratique du théâtre amateur, c'est bien celle-ci. Philippe Ivernel prend d'ailleurs ses distances, précisant dés les premières lignes qu'il va rendre compte d'une expérience impliquant plus de cinquante participants "amateurs" sur une longue durée, et le mot "amateur" n'apparait pas dans les titres et sous-titres de l'étude. On y parle de "public acteur", "d'ateliers de créations" ce qui reflète au moins certains aspects de la réalité (1). 
Ceci dit, je garderai l'étude de Philippe sous le coude durant la rédaction. Elle a - entre autre - l'avantage de décrire la démarche et les buts des "intervenants", dont les "stagiaires" (2) furent peu ou pas informés (ce n'est pas qu'une critique, j'y reviendrai).


Le texte de Philippe précise que le projet commença à se mettre en place en mars 1993. Il repose sur une direction bicéphale : Guy Rétoré et Georges Werler (qui travaillait depuis longtemps avec Réto, enseignant à l'époque au Conservatoire national). Réto entraîne dans l'aventure Philippe Ivernel ; George propose deux jeunes comédien-enseignants : Francis Henriot et Jacques Hadjaje (CELSA, Ecole Claude Mathieu). Nathalie Landrieu sera ensuite embauchée pour assurer la liaison entre intervenants et stagiaires et le secrétariat. 

Je n'ai plus la mémoire exacte de la façon dont l'appel à candidature fut lancé. Sans doute lors de la présentation de la saison 1993-94 du TEP. Toujours est-il que la réponse fut massive, comme l'indique la citation ci-dessous. 


"Soixante-dix-huit stagiaires ont été retenus… Cent soixante trois personnes se sont présentées. Nous tenons à remercier les quatre-vingt-cinq personnes que nous avons malheureusement "déboutées", de leur intérêt pour notre initiatives et à préciser les critères de notre sélection : la motivation, la disponibilité et l'assiduité, le souci d'équilibrer la proportion hommes/femmes, les âges et les diverses origines socio-professionnelles des participants et… le nombre restreint de stagiaires que nous sommes en mesure d'accueillir".
Nathalie Landrieu, Lettre ouverte aux "déboutés", TEP Mémento N° 25


Les sélections se dérouleront fin juin, puis - vu le nombre de candidatures - reprendront en septembre, le stage devant commencer en octobre. Chacun(e) fut convoqué individuellement par courrier. Nous serons de la première fournée de sélection… et parmi les heureux sélectionnés. Je me souviens d'avoir eu à plancher devant le groupe des intervenants réunis en jury. Je ne connaissais aucune tête, sauf bien entendu celle de Réto. Après avoir fait part de mon passé de fidèle du TEP et de ma proximité géographique, je pris le risque de divulguer mes années de formation au Théâtre Ecole de Montreuil (TEM). Révélation à risque car la perte de ma "virginité théâtrale" pouvait jouer contre moi dans ce contexte flou d'Atelier. Je pense que c'est Réto (ou Georges ?) qui prononça alors ces mots : ça ne pourra pas faire de mal d'avoir quelqu'un qui a fait le TEM. J'étais sauvé ! Dés octobre une aventure qui allait durer plus longtemps que prévu allait commencer.


"Ca y est, l'ancre est levée. Il sont soixante à embarquer. D'autres, malheureusement sont restés à quai…
Sans doute, nous avons la prétention -ou plutôt l'inconscience- de vouloir croire que nos éclats de rire, nos cris ou nos aveux sont nécessaires pour que, de ce presque rien, surgisse un vrai souffle de vie.
Et vogue le navire…"
Jacques Hadjaje, TEP Mémento N° 25

Et vogue le navire…

L'ancre était levée, mais pour aller où ? Nous n'en avions aucune idée précise. Réto avait conçu que ce stage s'appuierait sur le roman de Karel Capek "La Guerre des salamandres". Nous l'apprendrons au bout de quelques mois par des indiscrétions (ce qu'ignore visiblement Philippe Ivernel). Ceci nous permit de comprendre l'acharnement des intervenants à nous faire pratiquer la reptation au sol !


Mais reprenons les choses dans l'ordre. Il s'agissait d'un stage long, coûteux (encadré par des artistes de haut niveau) et… gratuit. Pour Réto, il s'agissait d'une activité de "service public", ce qui excluait toute participation financière des stagiaires. Heureux temps où la domination de la marchandise n'avait pas investi tous les aspects de l'activité humaine, et où la gratuité n'était pas assimilée à la médiocrité.


Si nous devions payer… c'était en terme d'investissement et de disponibilité. Au départ, le stage comportait deux séances de trois heures par semaine, le lundi soir (soir de relâche) et le samedi matin. Oui vous aviez bien lu ! Ceci signifiait renoncer au début du week-end pendant toute l'année. J'ajouterai que ceci ne fût jamais un problème (même s'il fallait gérer individuellement). 


Nous allions donc nous retrouver début octobre, réunis dans la salle de répétition (la salle 215). Précaution préalable: tout le monde devait être en chaussettes… le couloir menant à la salle était jonché de piles de chaussures des intervenants et stagiaires… à la japonaise. En fait Réto, soucieux de l'utilisation des deniers publics, ne voulait pas que la moquette récemment changée soit abimée.

Je reviendrai ultérieurement sur le contenu du travail effectué. J'ai déjà dit deux mots sur la structure hiérarchique du groupe des intervenants. Petite illustration, les deux jeunes intervenants vouvoyaient leurs ainés, alors que nous - les stagiaires - tutoyons tout le monde et tout le monde nous tutoyait! 


Mais, qu'en était-il du groupe des stagiaires recrutés parmi les spectateurs du TEP. Globalement ceux-ci se connaissaient peu ou pas. Dans une telle situation, au moins au départ, chacun est sur ses gardes. Comme l'écrit Philippe Ivernel : "devaient être écartés ceux qui confondaient les Ateliers avec une école d'art dramatique". Si ceci était sans ambiguïté, chacun pouvait interpréter ce principe à sa façon. Une partie des stagiaires venaient y trouver non pas une école, mais disons un terrain de pratique théâtrale… ainsi que l'avantage d'être encadrés par des "pointures". Façon détournée de dire qu'ils venaient aussi pour apprendre des "maîtres" du lieu (dans le sans noble du terme). Ce n'est que très lentement et discrètement que nous apprendrons que pour une part non négligeable ils avaient déjà eu, avaient ou se destinaient à avoir une formation et/ou pratique théâtrale (écoles, cours, écriture,…). Pratique qui par ailleurs n'a jamais empêché personne d'être aussi un "vrai spectateur". Pour d'autres, il s'agissait d'une aventure en soi, sans perspective de prolongement… mais non sans investissement. La majorité des stagiaires étaient jeunes ou… encore jeunes (dont nous-mêmes), comme on le verra sur les photos. Une petite partie n'étaient, disons, plus jeunes (essentiellement des femmes disposant de temps libre). 

Une majorité était prête à accepter le fonctionnement imposé au groupe par les intervenants, non sans le contester à l'occasion. Quelques participants étaient soit des soutiens inconditionnels,… soit des contestataires plus ou moins permanents de ce fonctionnement autoritaire. Globalement, on pourrait penser que les conditions étaient remplies pour que le mélange soit explosif ! Pourtant l'explosion n'eut pas lieu. Quelques départs individuels comme toujours, mais l'aventure dura jusqu'à son terme, et même un peu plus pour une partie d'entre nous. 


L'engagement des uns et des autres fut bien entendu la clé de ce "succès", mais a posteriori je pense que ce qui pourrait apparaître comme des facteurs de divisions l'expliquent aussi en partie. Certaines décisions des intervenants pouvant ponctuellement provoquer des mécontentements chez les stagiaires (3) renforçaient en réaction leur cohésion (et je suppose que les intervenants nous trouvaient à l'occasion pénibles), . Par ailleurs, la "direction autoritaire" de Réto et Georges permit au groupe de ne pas sombrer dans une "discutaillerie" et des palabres interminables et de concentrer l'énergie sur la pratique qui motivait notre présence. Mais ceci est une autre histoire qui fera le sujet d'un autre article. En attendant, je vous offre un trombinoscope des intervenants...


Philippe Ivernel… en chaussettes.

Guy Rétoré et Jacques Hadjaje





Francis Henriot

(1) Il est vrai qu'une expérience qui se place hors des classifications technocratiques (les notions d'amateur ou de professionnel sont purement bureaucratiques,... il s'agit de définir qui a droit de faire quoi et pour combien) ne peut se concevoir pour les gestionnaires de la "culture".
(2) Les termes d'intervenants et stagiaires furent ceux employés à l'époque, et que j'utiliserais donc par la suite.

(3) Par exemple, le sentiment d'être parfois utilisés comme des cobayes. 


Guy Rétoré et Georges Werler

… Et, cerise sur le gâteau, certainement la seule photo où figurent tous les stagiaires de 1993 : la carte de voeux du TEP pour la nouvelle année 1994 :

Carte de voeux du TEP. Hiver 1993-94.