mercredi 25 décembre 2013

Nouvelles du front (9) : PAGES ARRACHÉES, 1914-1915 à Brignon


Pages arrachées, 1914 – 1915


SAMEDI 17 MAI 2014
21h00
30190 - BRIGNON (Foyer)

---oOo---



En août 1914, la vie de millions de personnes a basculé dans la guerre ; leurs lettres, leurs témoignages contredisent souvent le message officiel et la propagande. Les ouvrages, qu’il s’agisse de romans ou de récits, écrits ensuite par certains survivants, complètent ces témoignages. Français ou Allemands y déplorent le carnage auquel ils ont participé et sur lequel ils n’avaient aucune prise. 
C’est de ces anonymes dont parle le spectacle « Pages arrachées : 1914-1915 ». Ce n’est ni une ode à la guerre, ni une reconstitution historique à sensation. Simplement deux comédiennes et deux comédiens d’aujourd’hui qui, confrontés aux documents d’époque, tentent au milieu des spectateurs de saisir la complexité historique des années 14-15.  

Attention : Ce spectacle est conçu pour être interprété devant un maximum de 60 personnes. Il est donc recommandé de réserver pour pouvoir y assister.

Contact Cie : theatreatelier@yahoo.fr

tél: 06 78 76 14 76



Pour recevoir ce spectacle, nous contacter.

vendredi 20 décembre 2013

Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 8

Dernier épisode


Guy Rétoré laissera sa place de directeur en juillet 2001, après une longue polémique l'opposant à Catherine Trautmann imposant Catherine Anne comme successeur. Plutôt que de commenter ce qui fût la vraie fin du Théâtre de l'Est Parisien, je préfère reproduire deux documents d'époque.

Le 9 avril 2001, Guy Rétoré avait publiée la lettre ouverte  à Catherine Anne reproduite ci-dessous : 

Madame,
J'admire votre hardiesse à dire ce qui appartient au passé de ce qui relève de l'avenir ; je n'aurais jamais osé parler ainsi à mes aînés.
Il est vrai que je n'ai jamais convoité le théâtre d'un autre.
C'est là notre différence : je fais un métier, vous menez une carrière. Vous candidatez partout, vous attendez que le ministère vous octroie un lieu digne de votre talent, que le Syndeac vous bénisse, et vous réclamez ce que vous croyez être votre dû, simplement parce que le ministre a accolé - par hasard, peut-être - votre nom à mon théâtre.
Peut-être que la politique est partout chez elle. Peut-être qu'en droit votre position tient. Mais de vous à moi, d'artiste à artiste, je vous dis qu'il n'y a pas que le droit. Et c'est contre cette violence aveugle du droit, là où il n'y a pas d'autre enjeu que l'art, que je m'érige.
Vous seriez-vous inclinée devant mon refus, seriez-vous restée hors du débat, j'aurai peut-être cédé.
Mais me rappeler à mes devoirs. Vous ! C'est trop !
Je me bats, vous le savez, pour l'identité d'un lieu que j'ai fait tout entier. Les murs appartiennent peut-être au ministère, l'esprit m'en revient.
En son temps, Dasté avait désigné Pierre Vial comme successeur, Gignoux proposé Vincent, Monnet choisit Lavaudant. Récemment Danet a été consulté. Bref, des pères fondateurs de lieux, je suis le seul à qui le ministère refuse la concertation.
Au reste, vous avez sans doute raison de participer à cette curée. Car de mes amis de quarante ans de toute la profession, pas une voix qui s'élève en ma faveur. C'est à qui criera le plus fort, haro sur le baudet, pour le faire déguerpir.
" Selon que vous serez puissant ou misérable. " Je suis seul parce que je suis misérable.
Et parce que je suis misérable, je suis acculé à résister.
Je vous souhaite bonne chance.

Autre document. Un article de Jacques Bertin publié le 5 avril 2001 dans la revue Politis.

L'affaire Rétoré

J'avoue que cette affaire me fait rire, sauf le respect que je porte à Guy Rétoré et à ses autres protagonistes. L'affaire de la succession du directeur du Théâtre de l'Est parisien, c'était un des désaccords que j'ai eus avec Catherine Trautmann, et je l'ai dit plusieurs fois. Rétoré, âgé de 77 ans, souhaitait, depuis longtemps, en passant la main, participer à la nomination de son successeur dans ce théâtre qu'il avait fondé, à la fin des années 50, dans l'esprit de la "décentralisation": travail de proximité, mobilisation d'un public qui ne soit pas seulement celui des intellectuels et des bourgeois, accompagnement du théâtre avec un travail de formation du public et du citoyen. On sait que nos élites se sont mises au début des années 80 à détester ces thèmes et à mépriser ceux qui les défendent. Ce qu'ils ont nommé le "vilarisme" a été déclaré par eux "obsolète". Un jour, en 1999, Rétoré apprit que Catherine Trautmann -assez éloignée pourtant de ce mépris- avait nommé Catherine Anne au TEP. Rétoré, cueilli a froid par la nouvelle, refusa de plier. Et aujourd'hui, Catherine Anne, qui devrait entrer dans son théâtre en juillet, réclame son bien. (Catherine Tasca a eu à régler déjà un problème du même type: celui de Planchon. Planchon, qui s'est -au moins- déconsidéré dans l'affaire de la vente des cinémas CNP de Lyon, a été honoré, lui, d'une solution permettant un départ dans l'honneur et davantage. Rétoré, qui n'a pas de casseroles, en sera-t-il pénalisé?)
Le Syndeac (syndicat des patrons du théâtre public) conseille fortement à Rétoré d'être raisonnable. Les directeurs d'équipements ne sont pas des barons, lui écrit sérieusement son président, Jean-Claude Fall, ce qui me fait bien rire. Car le baronnisme (si j'ose dire) du milieu est une constante depuis au moins vingt ans. Simplement, il est habituellement motivé par des raisons carriéristes et d'argent, voilà tout.
Rétoré envoie paître tout le monde avec un beau mépris de vieux, qui peut s'expliquer par le fait qu'il a déjà été une première fois poussé vers la sortie, lorsque Jack Lang décida de faire de son TEP (qui à l'époque était installé rue Malte-Brun) le Théâtre national de la Colline. Ce type qu'on prend pour un con et qui n'a rien d'un ambitieux, vraiment, a déjà créé et réussi deux théâtres, dites donc, ce n'est pas rien. Donc, pour une fois, le problème posé n'est pas celui de la carrière, mais celui de la fierté et du sens à donner au travail de toute une vie. Qui fut aussi de toute une époque où les élites se battaient pour retrouver le peuple, où être un idéaliste, c'était entrer dans une armée amicale, où les ringards étaient millions.
Une solution serait simple: puisque Catherine Anne a mérité, nous dit-on, une charge, qu'on lui en donne une quelque part! Et on se concerterait enfin avec Rétoré pour que le TEP reste un théâtre selon une idéologie qui ne soit pas celle des barons déguisés en agneaux. Catherine Anne serait contente; Rétoré et les militants de toutes les actions culturelles se sentiraient respectés; et madame Tasca aurait montré et son talent et son attachement à un principe qui pourrait avoir de l'avenir, l'histoire est tellement capricieuse… Voyez, madame: les journaux de ces jours-ci sont pleins de bonnes résolutions sur la démocratie de proximité, le travail à la base, et tout ça… Allez, vous avez laissé fleurir là un symbole. Le laisser vivre serait un geste politique (et historique) habile. Et ne coûterait pas cher, pour une fois.
Jacques Bertin











Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 7

J'ai traité précédemment de l'aventure qu'a constitué l'écriture et la représentation du montage collectif "Mal de mer sur terre ferme" au TEP en 1993-1994.
J'ai évoqué au passage le contexte dans lequel elle se déroulait : la mise à mort annoncée par les "pouvoirs publiques" du Théâtre de l'Est Parisien tel que l'avait conçu Guy Rétoré. Avant d'y revenir, deux mots sur la fin de notre aventure TEPienne. Le rideau tombé (c'est un cliché, il n'y avait bien entendu pas de rideau), tout était réuni pour un adieu définitif. 
Il y eu pourtant trois rappels. Sans entrer dans les détails, entre autre à cause de l'absence de documents ou iconographies exploitables (si certains en ont… ne les gardez pas pour vous), je soulignerai ce qui a pu influer sur nos trajectoires.

1. Premier rappel : rentrée 1994
Tout était fini… sauf une possibilité de prolongement jusqu'à la fin de l'année. On peut y voir au moins deux causes :
- Michel Azama, qui avait rejoint le groupe des "encadrants" en cours de route, était encore en résidence pour plusieurs mois. Je suppose que cette résidence impliquait un travail d'écriture au travers d'échanges avec une partie des anciens de "Mal de mer".
- La crise de succession approchant, Réto tentait de constituer autour de lui des cercles de "fidèles" pouvant former des groupes de pression.

Point fort de ce rappel : l'importance accordée à l'écriture. L'absence de perspective donnait sans doute à Michel Azama une liberté d'intervention qu'il n'aurait pas eu dans un autre contexte. Les notes que j'ai gardé donnent un faible idée des thèmes abordés. L'usage pouvant être fait du matériau : du rassemblement, à sa scrutation et à son traitement. L'intérêt de l'élargissement mythologique. Etc. Nouvelle aventure… nouvelle fin !

2. Deuxième rappel : rentrée 1995
Cette fois c'est dans le cadre de la manifestation "Le temps des livres" que se présentait la possibilité de se retrouver dans (je cite) : un théâtre "hors les murs" qui expérimente une nouvelle façon de jouer et de dire (lire : théâtre en appartement). L'aventure, titrée "Les mots de l'histoire", se déroulait sous la direction de Jacques Hadjaje. Timing : environ un mois pour rassembler le matériau, apprendre les textes et répéter. Trois groupes présentaient le même spectacle en "alternance" dans des lieux différents. Les spectateurs du TEP étaient invités soit à proposer de recevoir le spectacle chez eux, soit à venir louer une place (c'était payant) au guichet où on leur donnait l'adresse de l'appartement où ils devraient se rendre.
En l'absence d'une direction psycho-rigide, nous avions eu la possibilité de constituer les groupes assez librement. En conséquence nous nous retrouvions dans un groupe "affinitaire" partageant une vision proche (exigence dans le travail, expérimentation d'une forme de jeu que nous n'avions pas pratiquée auparavant,….).


Point fort : la découverte du théâtre en appartement, du jeu de proximité, débouchant pour certains sur le désir d'explorer plus avant cette petite forme théâtrale (ce fût notre cas, ou celui d'autres compagnons de théâtre réunis autour de Pascal Dereudre). Ce désir ne correspondait pas nécessairement avec la vision de la direction du TEP. C'est une autre histoire !

3. Troisième rappel : rentrée 1996
A nouveau Le Temps des Livres, avec un projet semblable au précédent, également sous la responsabilité de Jacques Hadjaje. Cette fois-ci le thème est "Le théâtre dans le théâtre". Les représentations n'ont plus lieu en appartement, mais dans des locaux associatifs. Par rapport à l'année précédente, Réto est plus présent. On ressent une volonté de prendre les choses en mains, de contrer ce qui pourrait ressembler à un jeu de comédien (opposé à une spontanéité, voir une naïveté, illusoire et idéologique). Ceci conduira vite à des oppositions verbales ou écrites, la dernière représentation se passant dans une ambiance tendue.


Fin de l'aventure, mais pas du compagnonnage avec le TEP. Comme je l'ai déjà souligné dans cette dernière phase Réto recherche des soutiens qui lui permettraient d'imposer un successeur qui ne vienne pas pour brader la maison avant de passer à autre chose.

Ceci prend en particulier deux formes.

1- La constitution d'un illusoire "conseil des spectateurs" (spontanément suscité par Réto), qui ne fonctionnera jamais en tant que "groupe de pression". Nous prendrons l'initiative de l'utiliser pour faire venir André Degaine (avec qui nous étions en contact par ailleurs) avec sa conférence sur l'Histoire du Théâtre.

2- Un certain repliement sur le cercle des "copains de Réto", en ce qui concerne la programmation. Malgré quelques moments forts (comme la venue de Jean-Luc Lagarce) ceci ne se fait pas toujours au bénéfice de la qualité. Progressivement, les spectateurs tendent à se raréfier. Ceci n'empêche pas de passer encore quelques bonnes soirées, après les spectacles, où Réto sort sa cuvée spéciale.

Nous resterons des spectateurs fidèles jusqu'au bout (juillet 2001), mais notre vie théâtrale se déroule alors ailleurs. Après l'arrivée de Catherine Anne comme directrice (imposée par le pouvoir), nous tenterons de continuer à fréquenter le théâtre. La programmation n'y était ni franchement bonne, ni franchement mauvaise, avec un large part consacrée au "théâtre pour la jeunesse". Ayant de plus en plus le sentiment de nous trouver confrontés à une coquille vide, désertée par ce qui avait fait l'esprit du TEP (et par son personnel du temps de Réto qui abandonnait le navire aussitôt qu'une possibilité se présentait), nous préférerons finalement ne pas y retourner.

samedi 30 novembre 2013

CHANSONS ARRACHEES A LA GUERRE DE 14-18

En parallèle au spectacle théâtral "Pages arrachées, 1914-1915", quelques chansons arrachées également à la première guerre mondiale (sans majuscules).


1915 : La chanson de Craonne.

Chanson arrachée à la guerre de 14-18. 
Une version transmise oralement parmi les combattants existe dès 1915. Elle prend alors le nom de Chanson de Lorette, du nom des violents combats qui ont lieu en Artois, autour de Notre-Dame de Lorette, au printemps 1915. Par la suite, et parmi ses variantes une fait allusion aux combats de Verdun en 1916. La version la plus connue fait référence aux combats de 1917 au Chemin des Dames (Aisne). Le "plateau" dont il est question est le plateau de Californie qui surplombe le village de Craonne, théâtre des combats parmi les plus violents dans les premiers jours de l'offensive Nivelle du 16 avril 1917. Dans un contexte marqué par les mouvements révolutionnaires en Allemagne et Russie, et une importante série de grèves à l'arrière, des refus collectifs d'obéissance éclatent dans plus de la moitié des unités combattantes. C'est à cette indiscipline que fait allusion le dernier couplet qui assure que "les troufions vont tous se mettre en grève". Il faut noter que certains soldats eux-mêmes employèrent le vocabulaire de la grève lors des mutineries. l'un d'eux écrit: "Il y a un peu de scandale en ce moment et 191c'est un peu général partout. Un certain genre de grèves, quoi!" (Rapport du contrôle postal, 9 juin 7, archives du SHDT 16N1521).





1915 : Dans les tranchées de Lagny.

Auteur anonyme (1915) sur la musique de "Sous les ponts de Paris". Interprétation de Francis Lemarque.





1915 : Poème à Lou. Si je mourais là-bas.

APOLLINAIRE ( 1880 - 1918 ) ; Poème à Lou, 30 janvier 1915 à Nîmes. mis en musique par Jean Ferrat.




1915 : Lili Marleen

Poème devenu chanson. Le romancier et jeune soldat allemand Hans Leip a écrit Lied eines jungen Wachtpostens à Berlin dans la nuit du 3 au 4 avril 1915 pendant la Première Guerre mondiale, avant son départ pour le front russe. En 1937-38 (2 versions différentes) le poème sera mis en musique à la demande de la chanteuse allemande Lale Anderson qui l'interprète dans de petits cabarets de Berlin et Munich. Durant la seconde guerre mondiale cette chanson sera chantée également par les soldats allemands et anglais. Elle sera par la suite interdite dans plusieurs pays (RDA, Yougoslavie,…)





1917 : Non, non, plus de combats.

Chanson anonyme écrite dans les tranchées, datant de 1917, au moment des mutineries. Elle se chantait sur l'air de "Gloire au 17ème".





1919 : La Butte Rouge.

La Butte Rouge est une chanson de Montéhus sur une musique de Georges Krier. Écrite en 1919 après la Première Guerre mondiale. Il s'agit de "La butte Bapaume" (lieu-dit non habité dans les environs de Berzieux): triste épisode de la Bataille de la Somme.




1956 : Tu n'en reviendras pas

Poème devenu chanson. Texte de Louis Aragon, extrait de La guerre et ce qui s’en suivit, in Le roman inachevé, 1956 ; mis en musique par Léo Ferré en 1961. La guerre et ce qui s'en suivit est inspiré de la période où Aragon, enrôlé comme médecin auxiliaire (il avait fait deux ans d’études de médecine), avait été frappé par les morts de nombreux blessés y compris celle d'un jeune soldat allemand lecteur de poésies. Dans son poème, Aragon décrit un compartiment d’un train de transport de troupes qui montent au front.




jeudi 21 novembre 2013

L'ESPINGOUIN A TV SUD

Extraits de l'émission Les Aléas du Direct, sur la chaîne TV SUD (Camargue Cévennes). Emission enregistrée le 5 novembre 2013 et diffusée le 8 novembre.





lundi 4 novembre 2013

ALAIS 1629 (1er épisode)

Samedi 2 novembre 2013 a été donné au Château de Rousson (Gard) le premier tour de manivelle du film Alais 1629

Il s'agit pour l'instant d'un teaser (bande annonce constituée de séquences courtes et énigmatiques, au message percutant qui ne dévoile pas la production), la réalisation définitive étant programmée en 2014.

Quelques informations :

Conception et scénario : Jean-Michel Ramirez
Réalisation : Gilles Renotte

Casting par ordre d'apparition à l'écran :
Jacques Lazzari : Louis XIII
Michel Caron : Le Cardinal de Richelieu
Alexandre Dulac : Jacques de Cambis
Christine Vetsel : Ysabelle de Thesan
Jean-Michel Ramirez : Henri de Rohan





9. 

jeudi 31 octobre 2013

Autour de l'Espingouin… et du cinéma

    " Je crois que je ne dois rien à aucun écrivain. Ce qui m'a influencé, c'est le cinéma. Ah ! ça, le cinéma, je le connais. Le music-hall aussi et puis les journaux, les journaux illustrés principalement. Au fond, mon livre, c'est, en bien des endroits, une sorte de reportage comme on en trouve dans les magazines.
    Et même, est-ce bien du reportage ? Les souvenirs des choses que j'ai vues dans ma vie ne comptent pas tant que cela. Ce ne sont que des points de départ, des prétextes qui me fournissent l'occasion de noter mes rêves.  "

L.F. Céline.Interview avec Charles Chassé, La Dépêche de Brest et de l'Ouest, n°18187, 11 octobre 1933.

Une citation parmi d'autres mettant en évidence l'impact de l'écriture cinématographique sur l'écriture romanesque. De l'écriture, ou plutôt des écritures cinématographiques. 
Pourrait-on par exemple séparer écritures et atmosphères du film noir et du roman noir. D'un côté, le rythme, le montage, les changements d'angles de prise de vue et les coupures nettes entre les plans. De l'autre une écriture nerveuse, des phrases courtes,… D'un côté la peinture d'un milieu dont on a l'illusion de connaître les codes, ses zones d'ombres et ses lumières un peu glauques. De l'autre la possibilité de ne pas s'encombrer de longues descriptions d'atmosphères et de décors que l'on reconnaîtra parfois sans les avoir jamais rencontrés.

ESPINGOUIN… ET CINEMA AMERICAIN


Dans "Qu'est l'espingouin devenu ?", l'influence cinématographique pèse sur les épaules d'un des personnages : Gene Robert. Laissant au lecteur le soin de découvrir l'importance de cette influence, je me contenterais de signaler que deux épisodes importants de sa vie font références à deux oeuvres du cinéma noir américain : 
- Johnny eager (1941) de Mervyn LeRoy, tourné d'après un livre de James Edward Grant, interprété par Robert Taylor.
- King Creole (1958) de Michael Curtiz, basé sur la nouvelle d'Harold Robbins "A stone for Danny Fisher", premier et dernier bon film interprété par Elvis Presley.



                




En dehors du film noir, un thème récurant du cinéma américain est celui du musicien errant de ville en ville  (généralement dans les Etats du Sud), guitare à la main, à la recherche de la reconnaissance de son talent… ou plus simplement de sa prise en considération en tant qu'être humain. Au lecteur attentif et cinéphile de débusquer au détour d'une phrase l'influence de ce cinéma sur mon écriture. Je me contenterais de citer quelques uns de mes films préférés tournant autour de ce thème :
- The Fugitive Kind (L'homme à la peau de serpent, 1959), de Sydney Lumet, d'après "Orpheus descending" (La descente d'Orphée) de Tennessee Williams.
- Honkytonk Man (1982) de et avec Clint Easwood.
- Walk the Line (2005) de James Mangold. Avec un Joaquin Phoenix stupéfiant dans le rôle de Johnny Cash.


… Et cinéphiles ou non, ce peut être l'occasion de revoir... ou de découvrir de très bon films !

MC 01/01/2013
Revu 15/04/2014



lundi 30 septembre 2013

1994 : MAL DE MER SUR TERRE FERME


Théâtre de l'Est Parisien : Chronique d'une mort annoncée 6


Pour une fois, je permute titre et sous titre dans cette chronique. Non pas que l'année de grâce 1994 aurait vu les vautours de la "culture" renoncer définitivement à leurs projets. Simplement parce que le temps de la représentation est sans doute le seul où l'on peut s'abstraire (au moins essayer) des aspects négatifs du contexte pour se consacrer au spectacle. Ce qui suit ne comportera donc aucune réflexion à posteriori, mais se limitera à une sorte de reportage mêlant extraits du textes et photos (prises généralement les derniers jours de répétition). 

Pour plus de détails "techniques", je renvoie au site Les Archives du Spectacle.

Un dernier mot avant de commencer sur le sommaire, chronologique, de cette chronique :
1 - 1983-1986 : Dans la jungle de la ville
2 - 1993 : Soixante-dix-huit salamandres en folie
3 - 1993-1994 : L'enterrement de la planète au scalpel
4 - 1993-1994 : Saucissonnons, saucissonnons,…


Nous somme donc à la première, le 19 juin 1994.

PROLOGUE

- Tout, tout de suite, de l'argent !
- De l'argent !
- De l'argent !
- Tout, tout de suite, mon lifting !
- Tout tout de suite ; tout, tout de suite pour moi, pour moi et rien pour les autres !
- Tout tout de suite, on arrête !



L'ENTERREMENT

- On ne sait pas ce qui se passe. Une armée de curieux déferle sur le Père-Lachaise. On ne sait plus où les mettre. On en attend encore des milliers et des millions !
- … toute la planète s'est donnée rendez-vous au Père-Lachaise. Les porteurs d'uniforme sont comprimés dans les premiers rangs.
- Il peut à grand flots. C'est comme une sorte de bourbier. On ne sait plus qui est quoi et quoi est qui !
- Une rumeur circule. On va porter la Terre en terre…




BUFFET

- J'ai envie de sel sur ta peau.
- J'ai envie d'avoir envie.
- Je veux pas mourir, je veux juste vieillir.
- Enfin, ce qui est sûr, c'est que tout ce monde attend avec impatience le moment de se jeter sur la nourriture. La mort, ils s'en fichent pas mal… Moi aussi, d'ailleurs !
- Bon anniversaire Max.







SOUPER

- … Autour de moi, des taches noires, corps gras luisants, trapus, grouillant derrière les tables qui font aller et venir leurs mandibules dans un bruit infernal. On ne s'entend plus. Sous moi, j'entends nostalgique les cris d'une gamine, ce celles qui volent au dessus des pavés, écrasée, laissant écouler de son corps frêle un jus verdâtre.
- Cacher son incompétence. Garder la confiance de ses supérieurs. Ne pas montrer qu'on ne comprend rien ; juste sourire.



FOLIE ET ENFERMENT
Les rêves

… Moi, je suis le fils de mon père. Mon père c'est un naze. Il se lève tous les matins à 5 heures. Il bosse aux chemins de fer. Il inspecte les ballasts le long des voies ferrées. Quand il estime qu'il en mon un peu, il en rajoute, et quand il y en a trop, il en enlève. Il consigne tut sur un calepin. Vous parlez d'un boulot !
Et ils sont des dizaines de milliers à travers la France à comptabiliser les ballasts le long des voies ferrées. Mon père m'a proposé de venir bosser avec lui. Je suis allé poser ma candidature, ça a fait un heureux, mon père…




… ET POUR BOUCLER… QUELQUES PHOTOS EN VRAC : 












lundi 26 août 2013

La mythologie à la sauce espingoun

L'Espingouin se retrouvera pendant deux jours au Salon Vivre Livre de Saint-Ambroix. Un occasion de rappeler la présentation des organisateurs du Salon du Livre de Cèze-Cévennes : … une histoire à tiroirs. Des personnages interlopes, des références mythologiques bien cachées…




A ce propos, qui répondra à la question suivante : quel récit mythologique se cache derrière les personnages de Qu'est l'espingouin devenu ?

Quelques photos : 









lundi 17 juin 2013

2ème Salon Arts et Lettres à Jaujac 07380

Venez nous rejoindre au 2ème Salon Arts et Lettres à Jaujac 07380 . Dédicace le 04/08/2013 de 10h-19h30

Le Salon est terminé. Quelques photos prises juste après l'installation.





lundi 10 juin 2013

LA PENSEE DU JOUR (10/06/ 2013) : G ORWELL


CITATION EXTRAITE DU PARAGRAPHE FINAL DE "LA POLITIQUE ET LA LANGUE ANGLAISE" DE GEORGE ORWELL (1903-1950)

Si vous simplifiez votre langage (1), vous vous prémunirez contre les pires sottises de l’orthodoxie. Vous ne pourrez plus utiliser aucun des jargons de rigueur, si bien que lorsque vous formulerez une idée stupide, sa stupidité sera évidente pour tous, y compris pour vous-même. Le langage politique — et, avec quelques variantes, cela s’applique à tous les partis politiques, des conservateurs aux anarchistes — a pour fonction de rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable, et de donner à ce qui n’est que du vent une apparence de consistance. On ne peut changer tout cela en un instant, mais on peut au moins changer ses propres habitudes et même, de temps à autre, en s’en gaussant comme il convient, renvoyer à la poubelle où elle a sa place telle ou telle expression éculée et inutile, comme bruits de bottes, talon d’Achille, creuset, melting pot, véritable enfer (2) et autres rebuts verbaux.
George Orwell, La Politique et la Langue Anglaise (Politics and the English Language, 1946)
Sources : Orwell, Collected Essays Vol. 4, 1945-1950. 
(1) dans le texte original "votre anglais".
(2) expressions pas toujours évidentes à rendre en français : jackboot, Achilles' heel ,hotbed, melting pot, acid test, veritable inferno.

SUPPLEMENT : RIONS UN PEU 

Citations données en illustrations en annexe à la première traduction parue du texte d'Orwell :

"pour s'être transformé en maquis de procédures, la forêt de Brocéliande n'a rien perdu de ses mystères", Glückmann, Les Maîtres-Penseurs, p. 65.

"0n retient le mouvement objectif apparent tel qu'il est décrit sur le socius, sans tenir compte de l'instance réelle qui l'inscrit et des forces, économiques et politiques, avec lesquelles il est inscrit ; on ne voit pas que l'alliance est la forme sous laquelle le socius s'approprie les connexions de travail dans le régime disjonctif de ses inscriptions", Deleuze et Guattari, L'anti-Oedipe, p. 222.


Sur George Orwell voir également : sur-les-rayons-de-ma-bibliotheque-2.html

dimanche 9 juin 2013

Théâtrothèque


Des extraits de plusieurs de mes textes peuvent être consultés ou chargés sur le site de La Théâtrothèque. Aller dans la rubrique Les Textes et utiliser caron comme mot-clé.

Pour éviter des utilisations indélicates de ces textes, ils ne peuvent être chargés dans leur intégralité. Pour les obtenir, il suffit de me les demander en précisant qui vous êtes et l'usage que vous pourriez être amenés à en faire.

vendredi 7 juin 2013

Autour de l'espingouin… et de trois petites notes de musique

De la musique avant toute chose…
Et tout le reste est littérature
Paul Verlaine (Art Poétique)


Toute écriture a sa musique, ses musiques… Celles de l'auteur et celles du lecteur. Parfois elles se rejoignent, parfois l'auteur anticipe les réactions du lecteur en lui fournissant quelques pistes qu'il espère voir saisir.
Il arrive souvent en entendant une chanson que l'on se dise qu'elle va nous coller à la peau et que l'on ne pourra pas s'en débarrasser de la journée. On se dit "de la journée", mais en fait on ne pourra jamais s'en débarrasser !  Et pourtant, il ne s'agit généralement pas d'un chef d'oeuvre d'écriture. On peut parfois se rassurer en mettant cela sur le compte du bourrage de crâne. Mais il y a des quantités d'airs, de chansons, pour lesquels on subit un bourrage de crâne sans que ceci ne laisse aucune trace ! Laissons de côté les produits musicaux uniquement commerciaux. et prenons un exemple. De nombreux poèmes de Prévert ont été mis en musique… Pourquoi ce sort particulier réservé aux "Feuilles mortes". Ah, je voudrais tant que tu te souviennes… et on s'en souvient ! Les Feuilles mortes sont-elles le meilleur poème de Prévert, le plus original ? Relisons-le. On en est loin. Pire… ça fonctionne aussi très bien traduit en anglais ! J'oserais une explication. Ce qui fonctionne dans ce poème c'est sa musicalité. Il y a la musique que Cosma a mis sur les vers, bien sûr, mais si cette musique disait autre chose que le poème lui-même, elle serait cacophonique. On est dans une de ces rares situations où l'auteur, le compositeur, et l'auditeur, ont entendu… entendent, une même musique… De la musique avant toute chose !

Un bien long préambule pour parler d'autre chose ! Dans la limite où il s'agit vraiment d'autre chose. A posteriori, je m'aperçois que la musique a en partie guidé mon écriture lorsque j'écrivais "Qu'est l'espingouin devenu ?". A cause du sujet (seuls ceux qui l'ont lu peuvent comprendre !) bien entendu. Aussi parce qu'ayant toujours écouté beaucoup de musique, j'ai une tendance à coller un air sur une situation. Un des ces airs qui vous collent à la peau justement. Dans le texte, certaines musiques ne sont pas directement suggérées. D'autres sont au contraire ouvertement affirmées, citées. Mais pourquoi celles-ci, quel automatisme les a fait sortir comme une évidence des touches du clavier de l'ordinateur ?Je me garderais bien de tenter une réponse. Je me limiterais à revenir sur trois airs, trois petites notes de musique, qui pourraient constituer la bande sonore du livre.

Ay Carmela

La première partie du récit, celle qui concerne directement l'espingouin, évoque la Guerre d'Espagne. Il y a pour moi quelque part un problème concernant le lien entre la musique/chanson et cet évènement. Beaucoup de grands évènements, de mouvement sociaux importants, ont leur folklore chanté. C'est beaucoup moins clair ici. Pourtant la Guerre civile espagnole a été accompagnée/suivie d'une émigration massive mais je n'ai jamais eu le sentiment d'y retrouver une mémoire chantée des évènements. Je tenterais deux explications pour ce qu'elle valent. D'abord, les conditions dramatiques de cette émigrations, le caractère concentrationnaire de l'accueil des réfugiés. Ensuite, et peut-être surtout, les antagonismes internes au camp des vaincus (les "républicains") qui rendaient improbable une culture chantée commune à l'ensemble de ses composantes.

Il existe bien sûr des disques, des anthologies de chants de la Guerre d'Espagne, mais quelle est la réalité de ces chansons dans l'affrontement social de l'époque ? De nombreux commentaires insistent sur les fait (?) qu'elles étaient chantées à l'époque. Mais comme les mêmes commentaires sont souvent truffés d'inexactitudes historiques (quand ce n'est pas de calomnies), jusqu'à preuve du contraire je me méfie de leurs affirmations. Je fais mienne la réflexion de George Orwell précédemment citée dans ce blog :
"Très tôt dans ma vie j'ai remarqué qu'aucun évènement n'est rapporté correctement dans les journaux, mais en Espagne pour la première fois, je vis des comptes rendus sans aucun rapport avec les faits."

Ceci dit, une chanson sort du lot : Ay, Carmela (originellement El paso del Ebro).
Caractéristique qui fait le lien avec ce que j'ai dit plus haut : la chanson n'est pas issue directement des années 30, mais de la guerre de 1808 contre l'invasion napoléonienne. Sa réactualisation durant la Guerre Civile permettait à chacun, en fonction de son opinion, d'y introduire de multiples variantes.





Peu d'adaptations françaises de ce titre. Guy Debord en écrira anonymement une version ("attribuée" à un membre  membre du groupe des Amis de Durruti, cité p.15 dans "Qu'est l'Espingouin devenu ?"), sous le titre Les Journées de mai. Le texte est centré sur les évènements de mai 1937 à Barcelone. La chanson est interprétée par Jacqueline Danno, chanteuse (surtout connue comme telle dans les années '60) et comédienne, sous le pseudonyme de Vanessa Hachloum. Le titre produit sur un vinyl en 1974, sera réédité en CD en 1998, et est aujourd'hui accessible sur de nombreux sites Internet. Si la version de Debord est souvent cataloguée "détournement", elle ne l'est finalement pas plus que les différentes versions qui ont pu circuler durant la Guerre Civile.



La chanson "Ay Carmela" inspirera dans les années '80 le dramaturge espagnol José Sanchis Sinisterra. Sa pièce raconte comment une troupe de théâtre ambulant, constituée par Carmela, Paulino et Gustavete, parcourant dans sa roulotte l'Espagne de la guerre civile, traverse le front et passe sans le savoir du côté républicain au côté franquiste. Lorsque les troupes franquistes les capturent, ils doivent improviser un spectacle théâtral en l’honneur de l'armée fasciste, qui s’achèvera en tragédie.
La pièce sera connue en France grâce au succès largement mérité de la mise en scène de Pierre Chabert (interprétation Jean-Marie Galey et Térésa Ovidio). Elle sera jouée au Théâtre du Lucernaire durant tout l'hiver 1994/1995. Son triomphe se confirmera durant le festival d'Avignon 1995 durant lequel la pièce sera jouée au Théâtre du Balcon, avant d'être reprise à nouveau au Lucernaire en août-septembre.


Au niveau international, Carlos Saura réalisa en 1989 un film inspiré de la pièce de Sinisterra.










Between the devil and the deep blue sea

Je voudrais maintenant revenir sur deux chansons qui sont nominalement citées dans "Qu'est l'espingouin…".
En commençant par la première : Between the devil and the deep blue sea (citée page 29).
J'ai entendu pour la première fois cette chanson sur le disque vinyl 25 cm "Memorial album" de Warren Smith (publié peu de temps après son décès prématuré en 1980) sur le label français Big Beat Records.



Il est communément admis que cette chanson a été composée par Harold Arlen et Ted Koehler, pour la revue du Cotton Club1, Rythm-mania (mars 1931), où elle était interprétée par Aida Ward, et qu'elle fût pour la première fois enregistrée par Cab Calloway en octobre de la même année. Elle a été ensuite été reprise par un nombre astronomique de chanteurs américains. Une liste (incomplète) de ses interprètes est disponible sur http://www.secondhandsongs.com/work/65381.

Ceci dit, on trouve des informations contradictoires concernant les auteurs. Ainsi sur certains sites internet, on trouve mentionnés entre autres Duke Ellington, Manny Kurtz, Inrving Mills,  et sur la pochette du disque de Warren Smith un certain A. Roland ! Faut-il y voir un effet du flou qui a souvent entouré aux states la propriété artistique ?

Toujours est-il que ce titre renvoie à une des questions de mon introduction. Pourquoi ce titre, qui n'est un chef d'oeuvre ni par son texte ni par sa mélodie a-t-il été si souvent repris et enregistré ? Et à un niveau plus personnel, pourquoi ai-je a priori considéré qu'il tenait une place importante pour certains personnages de "Qu'est-l'espingouin…" (… je ne vous en dirais pas plus) ? En ce qui me concerne, je suis persuadé que le titre de la chanson a joué un rôle plus déterminant que la chanson elle-même. Ces mots (between the devil…) sont déjà eux-mêmes de la musique ! De plus, il s'agit d'une expression idiomatique sans vrai équivalent littéral strict en français, au niveau du sens mais encore plus au niveau de la sonorité, de la petite musique qui le porte… De la musique avant toute chose !


1 A propos du Cotton club, cf. le film de 1984 de Francis Ford Coppola.


Trouble
De devil à evil1… il n'y a qu'un pas. Et quelques pages de "Qu'est l'Espingouin…" Celles qui séparent la page 29 de la page 34. Comme une transition entre la fin du commencement et le commencement de la fin !

La chanson Trouble est écrite pour le film de Michael Curtiz King Creole, par Jerry Leiber et Mike Stoller, et créé par Elvis Presley, en 1958. Le film et les chansons qui l'illustrent se distinguent de la déliquescence qui marquera la carrière cinématographique d'Elvis Presley.
Leiber et Stoller étaient des auteurs compositeurs à succès, très "inspirés" (et parfois un peu plus). Trouble reprend un thème rythmique (une forme de "stop time figure") popularisé par Muddy Waters - il suffit d'écouter Hoochie Coochie Man (1954), Mannish  boy / I'm a man (1955) - et inspiré de Willie Dixon et Bo Diddley.
Il est probable que la chanson censée obtenir le plus grand succès était celle qui reprenait le titre du film King Creole, mais c'est finalement Trouble qui emporta les suffrages. Le reprise d'un thème non seulement déjà connu, mais dont l'efficacité musicale n'était plus à démontrer y est certainement pour quelque chose.
Dans le film, Danny Fisher (Elvis Presley) travaille comme serveur dans un night-club à le mode, et un chef de gang local lui ordonne de chanter dans sa boîte… le King Creole. Ceci explique que "Danny" semble quelque peu mal à l'aise (et engoncé dans son costume) quand il interprète sa chanson. On est loin de l'image du rebelle dont parle la chanson.

Si Trouble va connaître quelques reprises par d'autres interprètes, leur intérêt est limité. A une exception, celle de Vince Taylor (éditée tardivement chez Barclay en 1965). Le film présent sur Internet, d'une sortie certainement antérieure au disque, semble être un Scopitone (l'ancêtre des "clips", films projetés dans des machines à sous, équivalent des Jukebox pour les disques), bien qu'il ne figure pas sur la liste des films scopitone sur Wikipedia. Par rapport à la version Elvis Presley, Vince Taylor a la gueule et la tenue (copiée de Gene Vincent) du "bad boy" de la chanson !

1. cf. le refrain de Trouble : Because I'm evil, my middle name is misery….

Plus sur :
- https://www.facebook.com/pages/Quest-lespingouin-devenu-/
- http://caronmichel.blogspot.fr/


mercredi 5 juin 2013

Sur deux questions

Lorsque l'on a eu la témérité de commettre un livre, de nature romanesque de surcroît, il faut bien s'attendre à devoir répondre aux questions de lecteurs, réels ou potentiels, de curieux, ou de passants se demandant s'il est raisonnable de dépenser de l'argent pour ce bouquin. Il faut bien s'y soumettre ! Mais en fait, on s'aperçoit vite qu'il y a deux questions qui ressortent systématiquement : (1) Quelle est l'histoire (ou de façon plus abrupte : de quoi ça cause) ? ; (2) Est-ce que c'est une histoire vraie ou inventée ?

Commençons par la question n°2 ! Pas toujours évident de faire comprendre rapidement (les gens qui posent des question aiment généralement les réponses rapides !) que ce n'est pas si simple. Que l'on est un être humain qui traîne des souvenirs (vrais ou faux), des sensations,… Que cela peut parfois ressurgir sans préméditation ! Mais que par ailleurs on n'est pas un biographe de ses souvenirs, ni un auto-biographe  de sa vie. Et que la transposition, le mélange de réminiscences sans liens immédiats fait partie de l'écriture. Que parfois, comme l'écrivait Jean Cocteau dans "Le menteur" : je suis un mensonge qui dit la vérité ! Je ne suis pas certain d'emporter la conviction des questionneurs en disant ceci, mais… que dire de plus !

Répondre aux questions… ça donne soif !
Venons en maintenant à la première question. Je passerai sous silence le cas où l'interlocuteur n'a de toute façon aucune intention de lire votre ouvrage, tout en ayant une certaine curiosité pour ce que vous avez pu écrire. Limitons-nous au lecteur éventuel. Parfois il a même poussé l'intérêt jusqu'à lire la quatrième de couverture ! Qui bien entendu ne l'a pas éclairé ! Il faudra alors trouver le moyen de l'intéresser à l'histoire que l'on raconte dans le livre,… tout en en dissimulant l'essentiel, en particulier la part de "suspense". Je me suis essayé à cet exercice de style pour "Qu'est l'espingouin devenu ?". Je vous le livre. Comme ça vous n'aurez pas à me poser cette question !


La question « Qu’est l’espingouin devenu ? » a son origine dans une conversation à la terrasse d’un bistrot du Nord du Mexique.  Pour le narrateur, écrivain en panne de sujet, l’histoire de l’espingouin contient tous les ingrédients d’un roman noir : un espagnol au passé inconnu, disparu après une descente de police, et puis… mystère. La seule information utilisable est l’adresse d’un logement, situé dans les Cévennes, occupé par l’Espingouin au moment de sa disparition. C’est donc à la porte de ce logement que commence l’enquête. Son locataire, « Robert», fut le Diable Noir, éphémère vedette d’un groupe musical. Lui-même est obsédé par l’histoire de l’Espingouin et révèle les informations qu’il a pu glaner.

Mais ces révélations ne font qu’embouiller les pistes. Les individus que le narrateur est amené à contacter lors de son enquête ont des vies pleines de zones d’ombres. Et alors que cette enquête ne devait concerner que le parcours d’un individu, ce sont les vies souvent troubles de ces différentes personnes qui s’entremèlent dans un récit à tiroir. Quels sont les liens entre Robert ; un de ses anciens camarade, fils à papa manipulateur apparemment bien informé sur l’Espingouin ; et l’assistante d’agence immobilière qui a conduit Robert dans son actuel logement sans lui demander son avis, devenue depuis riche héritière vivant à Paris.
Et à force d’accumuler des informations conduisant de l’Espagne en guerre aux Cévennes, des quartiers hupés de Paris au Festival de Cannes, le narrateur n’en sait-il déjà pas trop.
Finalement, la question posée au départ : »Qu’est l’espingouin devenu », ne s’est-elle pas élargie à un questionnement plus large « Dans quel monde vivons-nous et qu’y recherchons nous ? ».