lundi 15 janvier 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'avant l'Exil, (1) 17 rue de Sambre et Meuse

« Tout jeune déjà, je ne voulais pas mourir ». Combien de fois ai-je entendue cette phrase ? Les dernières années surtout. Mon père ajoutait généralement que c’était un trait de caractère commun à ceux qui étaient nés après une guerre… N’importe quelle guerre ! Comme si les tueries qui avaient précédé leurs naissances les avaient immunisés. Contre la mort. Au moins provisoirement ! 
(Propos rapportés par Fanny, éliminés de la version définitive du manuscrit)

Derrière ces propos que je mettais dans la bouche du personnage se cachait une difficulté. Quel trait commun (me) permettait de me glisser dans la peau de celui-ci ? Particulièrement pour ses premières aventures, se déroulant bien avant ma naissance. 
À posteriori, j'en discernais deux. 
1. Le lien supposé entre les générations nées après une guerre, comme le disait mon personnage... N'importe quelle guerre ! 
2. Le lieu sans lequel l'histoire rapportée dans "Mémoires..." n'aurait pas lieu d'être. Ce 17 rue de Sambre et Meuse, situé dans le Paris ouvrier du 10° arrondissement. Cette librairie dans laquelle le personnage va entamer son "parcours initiatique". 
Je l'ai bien connu ce bâtiment imposant avec son apparence d'usine du 19° siècle. J'ai vécu à trois immeubles de celui-ci jusqu'au milieu des années '60. Je n'avais alors aucune idée du fait qu'il ait abrité la "Librairie du travail" durant l'entre deux guerres, succédant à une importante coopérative ouvrière (L'Égalitaire, constituée après La Commune de Paris). 
Mon dernier souvenir de ce bâtiment, c'est celui d'un gigantesque incendie. Il appartenait alors à un des principaux industriels de la pellicule photo/cinéma et était bourré de matériaux et solvants inflammables et explosifs.  
La rue de Sambre et Meuse
Vue du Bd de la Villette.
La rue de Sambre et Meuse
Au niveau de la rue Sainte-Marthe.
Restait à vérifier si mes souvenirs de cette rue pouvaient m'aider à décrire les aventures de mon personnage... une guerre plus tôt. Heureusement ces aventures datent d'une époque où les cartes postales ne se limitaient pas aux vues plus ou moins artistiques de sites touristiques. Plusieurs de ces cartes donnent une vision de la rue au début du XX° siècle. 
Dans sa partie haute, vue du Boulevard de la Villette.
Ou au niveau de la rue Sainte-Marthe où habite d'abord le personnage.
Ce qui saute aux yeux en comparant ces photos avec ma mémoire des années '60, c'est que pratiquement rien n'avait changé en un demi-siècle. Les mêmes immeubles, les mêmes boutiques,... Certainement la même population issue des mêmes milieux sociaux. Avec ses gamins allant pêcher les écrevisses du canal. Ceci m'autorisait bien des transpositions !
Et aujourd'hui que constate-t-on ?
Sans nostalgie aucune (la vie était loin d'être simple et l'absence de confort atteignait des sommets), cette "rue-quartier" s'est évanouie comme beaucoup d'autres. Du 17 restent les grilles aux fenêtres et la pendule. 

Alors autant laisser de la liberté à l'imagination. Et partager des souvenirs oscillant entre la vérité et le mensonge, en passant par la ré-interprétation. Laisser à mon personnage la maitrise de ses aventures. En me laissant la liberté de commenter de temps en temps le "mentir-vrai" qui se retrouve tout au long du roman.

Plus : 
http://caronmichel.blogspot.fr/2018/01/memoires-davant-lexil.html 

https://www.facebook.com/Memoiresdavantlexil-142521036373517/


 










vendredi 12 janvier 2018

Mémoires d'avant l'Exil



L’idée de départ ?

Le parcours d'un homme appartenant à la génération qui nait immédiatement après la première guerre mondiale. Génération qui n'a pas connu cette guerre mais qui en porte nécessairement les séquelles. Et qui va se retrouver dans une période tourmentée : prémices de la deuxième guerre mondiale, guerre civile espagnole,… Avec ses choix difficiles et ses secrets bien dissimulés. Y compris lorsque, approchant de la cinquantaine, il sera arrêté et extradé avec sa famille vers le Mexique.
Derrière ce parcours se profilent des questions :
- comment un individu va être amené, dans un contexte qui lui échappe, à faire un choix ou à refuser l’alternative qui lui est imposée ?
- qu’est ce-qui motive le désir tardif de cet homme de se mettre à écrire, pour raconter, peut être transmettre, l’aventure d’une vie dont il n'a jamais voulu parler ?

 

La peinture subjective d’une époque.

J’étais particulièrement intéressé par l’interaction de mon personnage imaginaire avec des lieux, des évènements, une époque,… Pas à la manière d’un historien ou en faisant de l’histoire romancée. Mais en assumant la vision subjective d’un individu qui n’a qu’une compréhension parcellaire de ce qui se passe. Subjectivité renforcée par le fait qu’il se remémore les épreuves qu’il a traversé des décennies après les avoir vécues.


Le récit


Récit à la première personne, constitué de cahiers rédigés par un homme vieillissant qui se libère des secrets d’une vie dont il n'a jamais voulu parler. Né après la Première Guerre Mondiale, il aura connu des années tourmentées : prémices d’une nouvelle guerre, guerre civile espagnole, enfermement dans le camps de Rivesaltes dont il s’échappera,… Parvenu à une vie paisible, il sera finalement rattrapé par son passé.
Ses mémoires, sous forme d’un journal structuré en 5 cahiers, couvrent la période 1919-1968 (de sa naissance à son arrestation suivie d’un exil forcé au Mexique) :
1. Paris (jusqu’en 1937)
2. Barcelone (1937-1939)
3. Rivesaltes (1939-1940)
4. Cévennes (1940-1948)
5. Jusqu’au 13 avril 1968, qui retrace le processus qui conduira à son arrestation et à son exil.
 
Disponible à partir du 12/01/2018 : https://complices-editions.fr/michel-caron.html

vendredi 22 décembre 2017

A PROPOS DE "LA FERME DES ANIMAUX" D'ORWELL


« À n'importe quel moment il y a une orthodoxie, un corps d’idées que l'on suppose accepté par tous les gens sensés sans que ceci pose de question. On n'interdit pas exactement de dire ceci ou cela, ou quoi que soit d’autre, mais ça ne se fait pas de le dire. »

La citation ci-dessus est un extrait de l'essai d'Orwell La Liberté de la Presse, sa préface proposée pour la Ferme des Animaux. Il y décrit la difficulté à laquelle il a fait face en 1943 pour faire accepter ce roman, en raison de l'autocensure exercée à ce moment-là par les éditeurs, de quoi que ce soit qui soit critique d'alliés de la Seconde Guerre mondiale, comme l'URSS sous Staline. Il a été initialement rejeté par quatre éditeurs, y compris T.S. Eliot pour Faber, pour des raisons d'insensibilité politique plutôt que de mérite littéraire. Orwell soutient dans son essai que cette forme de censure volontaire, qui dissimule des vues s’opposant à l’orthodoxie prévalente de l’opinion, pourrait être aussi dangereuse pour la liberté de parole que l'intervention politique directe.

Comme Orwell le souligne aussi ici, des expressions non-orthodoxes d'hier peuvent devenir l’opinion acceptée d'aujourd'hui. Ceci s'est avéré vrai pour la Ferme des Animaux. Au moment où le roman a été finalement publié, en 1945, la critique de l'URSS se faisait plus entendre, contribuant au succès instantané du roman. Curieusement, bien qu'il y ait eu la place pour une préface dans la première édition, aucune n'est apparue et l'essai d'Orwell n'a pas fait surface qu’en 1972 où il a été imprimé dans le Supplément Littéraire du Times.

Traduction libre, M.Caron




"Votre question sur La Ferme des animaux. Bien sûr, j’ai conçu ce livre en premier lieu comme une satire de la révolution russe. Mais, dans mon esprit, il y avait une application plus large dans la mesure où je voulais montrer que cette sorte de révolution (une révolution violente menée comme une conspiration par des gens qui n’ont pas conscience d’être affamés de pouvoir) ne peut conduire qu’à un changement de maîtres. La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot. Le tournant du récit, c’est le moment où les cochons gardent pour eux le lait et les pommes (Kronstadt*). Si les autres animaux avaient eu alors la bonne idée d’y mettre le holà, tout se serait bien passé. Si les gens croient que je défends le statu quo, c’est, je pense, parce qu’ils sont devenus pessimistes et qu’ils admettent à l’avance que la seule alternative est entre la dictature et le capitalisme laisser-faire. Dans le cas des trotskistes s’ajoute une complication particulière : ils se sentent coupables de ce qui s’est passé en URSS depuis 1926 environ, et ils doivent faire l’hypothèse qu’une dégénérescence soudaine a eu lieu à partir de cette date. Je pense au contraire que le processus tout entier pouvait être prédit – et il a été prédit par un petit nombre de gens, Bertrand Russel par exemple – à partir de la nature même du parti bolchevique. J’ai simplement essayé de dire : « Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre propre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas. »

* Kronstadt était une garnison de la marine russe en mer Baltique. En 1921, des militants révolutionnaires, notamment anarchistes, ont mené une révolte contre la dictature du parti bolchevique. Sur ordre de Lénine et de Trotski, la révolte fut sauvagement réprimée.

5 décembre 1946, lettre à Dwight Macdonald.
George Orwell, Ecrits politiques (1928-1949), éditions Agone, 410 pages.

vendredi 10 novembre 2017

Le sang sèche vite : synopsis.


 SYNOPSIS DU ROMAN NOIR : LE SANG SÈCHE VITE.


Médéa est réveillé un matin par un appel téléphonique lui apprendre l’assassinat de son père, avec qui elle a rompu tout contact depuis plusieurs années. Pensant que cette affaire va être étouffée, elle utilise un « privé » pour tenter de l’élucider. Parallèlement à cette enquête, un narrateur omniscient va nous raconter la vie de ce père : Vladovich dont la disparition ne doit pas faire de vague pour certains, et en arrangent d’autres (ou les mêmes).
Vladovich, né dans un État balkanique en 1920, est réfugié à Paris. Enfant, c’est un petit voyou bagarreur. Adolescent, il fait le coup de poing pour des organisations politiques. Pendant la guerre, il est l’ami d’une tenancière de maison close, Mme Simone. Résistant de la dernière heure, il fera ensuite fortune en commerçant avec l’Europe de l’Est. Il se mariera avec une russe, la mère de Médéa, qui disparaîtra mystérieusement. Autant de pistes pour chercher le mobile de son assassinat.


Plus sur "Le sang sèche vite" :


lundi 9 octobre 2017

Nouvelles du Front (09/11/2017)



Une comédie grinçante au sein de la petite entreprise Lajolie, fabriquant des chemises pour hommes.

Fin d’après-midi de janvier. À l’extérieur il fait nuit, froid et il pleut. Dans le hall d’entrée vont se retrouver les personnages pour les traditionnels « vœux de la direction », jusqu'à ce que... 

Texte non encore publié.
Les personnes ou structures intéressées peuvent s'adresser à l'auteur en cliquant ici.


vendredi 18 août 2017

LE THÉATRE RUSSE : AU PARTERRE (1927)

Le public des théâtres de Moscou n'est pas le même que celui des théâtres de province.
À Moscou... le public des scènes de Stanislavski, par exemple, n'est pas fait de bourgeois et d'intellectuels. Les femmes s'habillent pour aller au théâtre. Les places des premiers rangs (qui sont très chères, et celles des loges (6 roubles la place en moyenne) sont occupées par des étrangers et des détenteurs de cartes gratuites. On ne fume qu'au fumoir. Les entractes ont du sens et les vieilles photos sont des souvenirs. Le fil de la tradition n'est pas rompu et la soie a été refaite. Les vieux ouvreurs sont emprunts d'une dignité nostalgique. À l'arrière, aux places les moins chères, on vit les dames et les messieurs d'antan assis à l'ombre des balcons avec une vieille solennité compassée, même s'ils sont mal habillés... L'entracte sert à se rencontrer. On semble toujours s'étonner en découvrant que l'autre a survécu à la révolution. Il y a ici ou là une vieille fille toute seule, des passionnés de culture, êtres sincères, quelque peu irréels, qui semblent survivre par la grâce d'une autorisation provisoire du gouvernement...

... Le théâtre de Meyerhold vit de subventions de l'État, de cartes gratuites et de places payantes. Tous les étrangers qui visitent Moscou vont au théâtre de Meyerhold. On dit qu'il est le représentant de la dramaturgie révolutionnaire.. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les soirs de premières tenaient quand même de "l'évènement mondain". Ce sont les snobs - il y a un nouveau snobisme -, les critiques et les gens riches qui vont aux premières, ainsi que les représentants des institutions culturelles de l'État. Ce sont les prémisses d'une nouvelle "bonne société". Il n'y a que chez lui que les premières ont des ambiances de premières et tout ce qui va avec, les sourires faux et convenus des gens qui se connaissent bien, les poignées de main, les échanges d'opinions et les applaudissements en coulisse même s'il n'y a pas de coulisses, elles ont été supprimées ou beaucoup réduites. On commente la façon dont s’habille Mme Meyerhold, qui est actrice, le coût de la représentation, ...
... Ironie amère, les gens qui s'intéressent au théâtre de Meyerhold sont les intellectuels... Que produit le théâtre intellectuellement révolutionnaire ? Tout au plus un frémissement d'opposition.

Joseph Roth, Frankfurter Zeitung, 5 février 1927.