mardi 17 avril 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'avant l'Exil, (1) 17 rue de Sambre et Meuse

« Tout jeune déjà, je ne voulais pas mourir ». Combien de fois ai-je entendue cette phrase ? Les dernières années surtout. Mon père ajoutait généralement que c’était un trait de caractère commun à ceux qui étaient nés après une guerre… N’importe quelle guerre ! Comme si les tueries qui avaient précédé leurs naissances les avaient immunisés. Contre la mort. Au moins provisoirement ! 
(Propos rapportés par Fanny, éliminés de la version définitive du manuscrit)

Derrière ces propos que je mettais dans la bouche du personnage se cachait une difficulté. Quel trait commun (me) permettait de me glisser dans la peau de celui-ci ? Particulièrement pour ses premières aventures, se déroulant bien avant ma naissance. 
À posteriori, j'en discernais deux. 
1. Le lien supposé entre les générations nées après une guerre, comme le disait mon personnage... N'importe quelle guerre ! 
2. Le lieu sans lequel l'histoire rapportée dans "Mémoires..." n'aurait pas lieu d'être. Ce 17 rue de Sambre et Meuse, situé dans le Paris ouvrier du 10° arrondissement. Cette librairie dans laquelle le personnage va entamer son "parcours initiatique". 
Je l'ai bien connu ce bâtiment imposant avec son apparence d'usine du 19° siècle. J'ai vécu à trois immeubles de celui-ci jusqu'au milieu des années '60. Je n'avais alors aucune idée du fait qu'il ait abrité la "Librairie du travail" durant l'entre deux guerres, succédant à une importante coopérative ouvrière (L'Égalitaire, constituée après La Commune de Paris). 
Mon dernier souvenir de ce bâtiment, c'est celui d'un gigantesque incendie. Il appartenait alors à un des principaux industriels de la pellicule photo/cinéma et était bourré de matériaux et solvants inflammables et explosifs.  
La rue de Sambre et Meuse
Vue du Bd de la Villette.
La rue de Sambre et Meuse
Au niveau de la rue Sainte-Marthe.
Restait à vérifier si mes souvenirs de cette rue pouvaient m'aider à décrire les aventures de mon personnage... une guerre plus tôt. Heureusement ces aventures datent d'une époque où les cartes postales ne se limitaient pas aux vues plus ou moins artistiques de sites touristiques. Plusieurs de ces cartes donnent une vision de la rue au début du XX° siècle. 
Dans sa partie haute, vue du Boulevard de la Villette.
Ou au niveau de la rue Sainte-Marthe où habite d'abord le personnage.
Ce qui saute aux yeux en comparant ces photos avec ma mémoire des années '60, c'est que pratiquement rien n'avait changé en un demi-siècle. Les mêmes immeubles, les mêmes boutiques,... Certainement la même population issue des mêmes milieux sociaux. Avec ses gamins allant pêcher les écrevisses du canal. Ceci m'autorisait bien des transpositions !
Et aujourd'hui que constate-t-on ?
Sans nostalgie aucune (la vie était loin d'être simple et l'absence de confort atteignait des sommets), cette "rue-quartier" s'est évanouie comme beaucoup d'autres. Du 17 restent les grilles aux fenêtres et la pendule. 

Alors autant laisser de la liberté à l'imagination. Et partager des souvenirs oscillant entre la vérité et le mensonge, en passant par la ré-interprétation. Laisser à mon personnage la maitrise de ses aventures. En me laissant la liberté de commenter de temps en temps le "mentir-vrai" qui se retrouve tout au long du roman.

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lundi 16 avril 2018

Phrases arrachées aux Mémoires d'avant l'exil (2) : Simone et Mimosa.

"Arrive Juillet 1936. Les positions des uns et des autres s’affrontent à propos des événements en Espagne. Simone et Mimosa sont parmi les premières à partir. Elles ne supportent plus de rester dans un Paris qui leur paraît être la base arrière de l’Aragon et de la Catalogne."
Mémoires d'avant l'exil (Ed. Complices Éditions, p. 41)

Deux personnes réelles que j'ai mêlées à la trame romanesque de Mémoires d'avant l'exil.


"En juillet 1936, j’étais à Paris, je n’aime pas la guerre ; mais ce qui m’a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c’est la situation de ceux qui se trouvent à l’arrière. Quand j’ai compris que, malgré tous mes efforts, je ne pouvais m’empêcher de participer moralement à cette guerre, c’est-à-dire de souhaiter tous le séjours, toute les heures, la victoire des uns, la défaites des autres, je me suis dit que Paris était pour moi l’arrière, et j’ai pris le train pour Barcelone dans l’intention de m’engager. C’était au début d’août 1936. " (Simone Weil, Lettre à Georges Bernanos, 1938.)






 

« Le sort en est jeté, je vais au front moi aussi, je l’ai demandé expressément. Je crois que je ne reviendrais pas, mais cela est sans importance, ma vie a toujours été amère et le bonheur n’existe pas. Le bonheur n’a pas de visage, il n’a pas d’armoiries et pas de couleurs et je ne l’ai pas su trouver. J’avais des trésors de tendresse, des désirs qui n’étaient pas la souffrance des autres et je n’ai pas pu donner assez et je n’ai rien reçu, tristesse ! Vais-je apprendre à tous ces furieux qu’ils méprisent la seule chose vraie, la seule !...la vie qui respire, celle qui consiste à voir les bourgeons éclore, le soleil se lever et les étoiles au ciel. Le bonheur ! Vous ne savez pas comme je l’ai cherché, je m’en souviens à peine moi-même ; dans les livres graves, dans les lits douteux, dans la simplicité des choses. Enfin je vais partir, le bonheur ! C’est peut-être le repos des âmes éteintes. » (Extrait du Journal de Georgette Kokoczynski, septembre 1936.)